• Facebook
  • Twitter
  • Google +

Savoir dire non

Savoir dire non - Joann Bolduc

De temps en temps, il m’arrivait d’aller passer quelques jours chez ma mère, qui habitait une très grande maison en dehors de Montréal. Elle s’était remariée avec un promoteur immobilier, qui était très souvent en voyage d’affaires, quelque part au Canada. Au début, je pensais que, parce qu’il était promoteur immobilier, qu’il serait en droit d’avoir quelques facilités pour ce qui était de l’entretien d’une maison. Certainement pour celle des autres. En ce qui concerne la sienne, quand on dit que le cordonnier est toujours le plus mal chaussé, c’est bien vrai.

Dès que je rentrais dans cette maison, je trouvais une liste accrochée à la porte du frigo, où était indiqué pendant tout le séjour que j’allais passer dans cette maison toutes les corvées que j’avais à faire. C’est ainsi que ma mère me recevait. Entre les allers et retours chez le nettoyeur pour leurs vêtements, changer le papier peint de la cuisine, trouver quelqu’un pour effectuer le drainage, et ainsi de suite. Si je devais faire le calcul de toutes les économies que je leur faisais gagner tous les ans, c’était largement au-delà de toutes les taxes foncières de cette maison.

Un été, j’apprenais qu’elle allait passer quelques jours avec son nouveau mari à l’ouest du Canada. Je demandais s’il m’était possible de profiter de la maison, et de ramener quelques amis pendant leur absence. À leurs réponses, l’offense, et ma vexation furent telles, que je jurais de ne plus jamais remettre les pieds dans cette maison. J’avais tellement facilité la vie de ma mère, qu’elle finissait par croire que c’était chose naturelle. Je m’amusais à l’avance de la voir subir mon absence. Je savais qu’elle ne tarderait pas à m’appeler pour me demander d’éponger quelques-unes de ses bourdes, et de lui rendre quelques services. Cependant, cette fois-ci, je garderais fermement ma position, et ne changerai plus jamais d’avis. Ce n’était pas réellement la goutte qui faisait déborder le vase. C’était tout simplement cette lassitude d’avoir l’impression de toujours bâtir pour les autres, et de donner son temps, pour n’avoir en retour que mépris. Elle tombait malade un jour. J’allais lui rendre visite, pendant qu’elle attendait le médecin. La maison était dans un état catastrophique. C’était bien dommage. Malgré cela, il était hors de questions que je reprenne cette place que personne ne voulait. Je la laissais face à ces choix et à son destin.

À propos de l’auteur :

author

Si pour certaines l’écriture est une corvée, pour moi c’est une nécessite. En plus de rédiger des nouvelles que je partage à ma famille et mes amis proches - on verra bien quand j’aurai le courage nécessaire de les diffuser sur ce blogue - je blogue aussi régulièrement. Et il faut le dire, j’aime proposer du contenu un peu à la manière d’un magazine : voilà pourquoi je traite de plusieurs types de sujets. J’y jase donc d’esthétisme, du monde des affaires, d’événements, de restaurants etc. Bref, c’est frais, diversifié et ça surprend (du mois je pense!). Bien contente de vous compter comme lecteur. À bientôt!